(relecture) La ponctuation des dialogues - Intervention d'un auteur auto-publié

Cet article a été rédigé par Guillaume Woerner, alias Métatron, auteur littérature fantasy et notamment de Conflux, roman auto-édité chez Lulu.com.

 

Il a été écrit pour être mis sur le site Sanctum Atorgael, sur lequel Guillaume participe régulièrement à des challenges d'écriture.

 

___________________

 

Après de nombreuses désillusions quant à la ponctuation des dialogues, je me suis replongé dans les arcanes du guillemet, du tiret et du !?..., ; (ce n’est pas un juron).

 

Deux méthodes sont possibles pour la ponctuation des dialogues :

 

·         La méthode tirets uniquement

·         La méthode guillemets + tirets


 

La méthode tirets uniquement

 

Il s’agit du fameux tiret cadratin.

Un tiret long est utilisé pour marquer le début de chaque nouvelle réplique, avec un retour à la ligne avant chaque tiret.

 

Mais comment faire le tiret cadratin sur un clavier ?

Utilisez la combinaison de touches ALT (laisser appuyé)  0151

et vous obtenez :  — 

 

A noter cependant que le cadratin a tendance à disparaître au profit du demi cadratin ou –.

Là encore, un raccourci clavier utile : CTRL et touche - du pavé numérique.

 

D’ailleurs, n’hésitez pas à configurer votre traitement de texte (Word, Openoffice…) pour remplacer automatiquement un double -- par – ou un triple --- par —. Il ne faut pas se priver d’une vie plus simple.

 

Dans ce type de dialogue, les incises courtes sont séparées par une virgule.

En revanche, la virgule d’incise est supplantée par toute autre marque de ponctuation. En d’autres termes, elle s’efface sitôt qu’un autre signe (tel que  ! ou  ?) fait rupture entre le texte dialogué et l’incise.

De manière générale, à l’accolement de deux signes typographiques, préférez l’utilisation d’un seul, à savoir le plus « fort » (la virgule étant le plus « faible »).

 

Prenons un exemple :


— Fait pas chaud, hein ? fit un capuchon d’une voix de fausset. 

— Chhtt ! Il n’est pas question de se faire repérer maintenant. Quelle heure est-il ?

Mouvements de manches.

    Désolé, je n’ai qu’un cadran solaire. Pas évident à cette heure.

Agacé, le plus large capuchon frappa le sol de sa canne.

— D’ici, on devrait voir la tour Celestica...

— Ça ne nous apprendra pas grand-chose, grommela le chef. Après minuit, ils éteignent les décorations…

 

 

La méthode guillemets + tirets

 

Les guillemets français («  ») sont utilisés pour marquer le début et la fin d’un dialogue ininterrompu.

Si l’intervention verbale se cantonne à une réplique isolée, elle sera introduite et close par des guillemets.

Les incises sont séparées de la partie dialoguée par une virgule (exemple 1).

 

Exemple :


Le duc s’assit pesamment sur une austère chaire de bois qui aurait fait passer un chevalet de torture pour un douillet cocon.

« Soyez plus précis, mon garçon », fit le vieil homme, reprenant le fil de la discussion.

Ce « Mon garçon » légèrement appuyé laissait entrevoir de longues journées à casser des cailloux avec un gros maillet.

 

Vous remarquez que l’incise  (fit le vieil homme…) a été « sortie » des guillemets du dialogue.

 

­­­­­De la même manière que dans la méthode des tirets, la virgule s’efface dans le cas d’une ponctuation plus « forte ».

 

Exemple :


Les couloirs du palais étaient encombrés du flot des valets qui revenaient de la salle à manger avec des plats à peine entamés.

Pâtés en croûte, côte de Mégaloth, paons en sauce, cakes…

« Que vont-ils faire de tout ça ? » s’étonna le Scythe qui salivait de nouveau.

 

En cas de discussion avec plusieurs répliques, les interventions verbales suivantes seront marquées par un tiret cadratin en début de paragraphe.

 

Exemple :


« Des photos de… d’un… d’un truc, là », tenta le Scythe en contemplant les photos échappées d’une pochette rose.

L’agent Dopple se pencha à son tour :

« C’est le gâteau d’anniversaire de notre bien aimé directeur. Deter est doué pour la photo. Il joue les photographes pour les fêtes de service.

— Drôle de gâteau.

— Manaos est un Ichtyen, un poulpe avec un cerveau géant. Il ne mange que des coraux prémâchés et des anémones de mer. »

 

 

De l’incision chirurgicale


Le Larousse définit une incise comme une proposition, généralement courte, insérée dans une autre. Les incises sont les fameux, dit-il, fit-il, s’exclama-t-il de nos dialogues.

L’objet de l’incise est d’identifier le locuteur. Cependant, notons qu’elle n’est pas indispensable à chaque répartie s’il n’y a pas d’équivoques sur celui qui prend la parole.

L’auteur peut, de surcroît, s’affranchir de l’incise lorsque le locuteur est la dernière personne à avoir agi.

 

Exemple :


D’une marmite s’éleva la voix étouffée du marquis de Beaumirail.

« Qui c’était ? 

— Une aide inespérée, souffla Estaminet.

— Pas trop tôt ! J’allais me dissoudre à force de mariner dans ce bouillon. »

Autant de moyens simples d’éviter des dialogues alourdis par de futiles fit-il.

Une incise ne peut être démesurément longue, à moins qu’elle ne clôture la zone dialoguée. Une incise dangereusement étirée, c’est un risque d’équivoque.

 

Exemple :


— On sait que Deter enquêtait sur un club révolutionnaire quelque part dans Conflux… énuméra le Scythe sur un doigt. Il chercha un second élément mais rien ne vint. C’est un peu mince.

Le lecteur pourrait entendre Il chercha un second élément mais rien ne vint comme une phrase prononcée par le Scythe. Il n’existe aucune règle à ce sujet : l’auteur est seul juge de la clarté de son découpage. A lui de recomposer l’incise de manière plus explicite en cas d’ambiguïté.

 

On pourrait gloser pendant des pages sur des subtilités complémentaires, le cas des alinéas intérieurs pour un long discours, des citations… mais voila une première base qui peut servir de référence pour les cas les plus courants.

Vous êtes encore là ? Allons, allons, le prochain challenge vous attend !

 

Les exemples de dialogue sont tirés du roman en construction : Révolution à Conflux (copyright Guillaume Woerner etc., etc.).

__________

 

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Commentaires : 8
  • #1

    Pierre Bougie (dimanche, 23 février 2014 14:40)

    Voilà qui est très bien expliqué! Merci Agnès de partager tes recherches et ton précieux bagage de correctrice hors pair! Je me réjouis d’avoir fait appel à tes services pour mon deuxième roman.

  • #2

    Agnès (dimanche, 23 février 2014 19:36)

    Merci fidèle Pierre pour ton enthousiasme inégalé ! Je suis ravie de corriger tes futurs best-sellers ;-)

  • #3

    Jean-Paul G. POTET (vendredi, 30 mai 2014 14:12)

    J'ai renoncé au système français. je n'utilise plus que le système anglais, beaucoup plus logique et donc parfaitement clair.
    "Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?" s'exclama-t-il.
    "Parle pour toi," répliqua-t-elle.

  • #4

    Agnès (vendredi, 30 mai 2014 16:30)

    Bonjour Jean-Paul,

    Oui, c'est un choix. J'avoue que j'aime beaucoup les tirets, question d'esthétique. On voit immédiatement que c'est un dialogue. Parfois, dans un dialogue, on est amenés à mettre des guillemets, ça peut gêner la compréhension, même en mettant des guillemets à l'anglaise. Maintenant, voilà, ce qui compte, c'est d'être cohérent jusqu'au bout ;-)

  • #5

    Metatron (lundi, 07 septembre 2015 18:45)

    Mieux vaut tard que jamais, je n'étais pas allé voir la version de mon article sur ton site, Agnès.
    C'est chose faite ;)
    Merci de ta mise en ligne et j'espère que tes projets avancent comme tu veux :)

  • #6

    Agnès (lundi, 07 septembre 2015 18:51)

    On se connaît ? lol
    Pas de nouvelles bonnes nouvelles, je suppose ?
    Oui, ici ça avance bien, sauf le blog qui stagne faute de temps.
    Et toi ?

  • #7

    Henri (jeudi, 17 décembre 2015 19:55)

    Merveilleuses et généreuses explications! Vos exemples sont frappants et très amusants. Bravo!

  • #8

    Agnès (jeudi, 17 décembre 2015 20:56)

    Merci pour l'intervenant, Henri. Oui, il a beaucoup d'humour ^^

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Je m’appelle Agnès Rabotin. En mars 2012, je publiai mon premier roman en version numérique Kindle sur Amazon. En juillet, la version papier voyait le jour. 

 

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