(écriture) Faire un plan ou partir à l’aventure ?

Parmi les gens qui me lisent ou me connaissent, qu’ils écrivent eux-mêmes ou non, beaucoup me demandent comment j’écris. Est-ce que je fais un plan ? Est-ce que je me lance « à l’aventure » sans savoir où je vais ?

 

Si vous écrivez, je suppose que vous avez vous-même votre propre méthode et que vous vous demandez comment font les autres auteurs, notamment les auteurs connus.

 

Je croyais, quand j’écrivais, que la plupart des auteurs faisaient un plan détaillé et que j’étais la seule ou presque à me lancer sans savoir où j’allais. Que j’avais donc une manière d’écrire décalée qui me ferait m’éparpiller et manquer de cohérence. Je me suis rendu compte que ma « technique » était utilisée par beaucoup d’auteurs, même connus.


 

Mon expérience du « voyage improvisé »


Par exemple, quand j’ai commencé mon livre, je savais que je parlerais d’une femme :

- enceinte (son enfant aurait un destin particulier mais je ne savais pas encore lequel),

- et seule (je ne voulais pas m’encombrer d’un personnage inutile),

- qui aurait une mémoire extraordinaire (pourquoi ? ma fascination pour la mémoire, sans doute),

- et que je reprendrais la mythologie à la base (genre Le monde de Sophie de Jostein Gaarder en version philosophie, pour ceux qui connaissent).


Je n’avais donc ni le début ni la fin du livre et encore moins d’intrigue. C’est bien peu pour commencer un livre.



Faire confiance aux personnages


Tout a pris forme au fur et à mesure comme si j’étais guidée par les personnages eux-mêmes. C’est ça qui est intéressant. Parfois, on écrit une scène sans vraiment savoir pourquoi on l’écrit, puis on se rend compte que, tout compte fait, elle trouve son intérêt. On peut la conserver en l’état ou la remodeler, la déplacer… en fonction des besoins.


Par exemple, je n’avais pas prévu que quand Johanne sortirait de la douche, à l’hôpital, elle bousculerait son médecin (elle lui rentrerait dedans, quoi). Je l’ai écrit comme si ce n’était pas mon idée. Puis j’ai compris qu’il se passerait quelque chose entre eux. Je suis restée pas mal de temps à me demander à quoi ça servirait. Puis c’est devenu une pièce importante du puzzle et de l’intrigue Je suis alors remontée dans mon texte pour ajouter des éléments montrant qu’il y avait déjà matière à une éventuelle relation. Je n’avais donc pas prévu cette scène, elle n’était dans aucun plan, et elle est apparue, ce qui m’a fait remonter dans mon texte pour la cohérence.


Autre exemple, le papa du bébé. Il ne devait pas exister. Le chapitre 1 s’ouvre sur lui parce que je comptais montrer comment il a quitté Johanne. Ce devait vite être une affaire classée. Mais Hadrien n’avait pas l’intention d’être un personnage secondaire. De fil en aiguille, il a su s’imposer comme l’un des personnages principaux au cœur de l’intrigue. Un personnage qui s’impose ? Nanmého ! Et pourtant, il a construit toute l’histoire, d’une certaine manière.


Il y a beaucoup d’autres éléments comme ceux-là, à vrai dire, tout mon livre a été écrit de cette manière. Puis j’ai terminé mon livre et je l’ai trouvé plutôt bien ficelé pour un livre « non prémédité ».


Pour illustrer cette façon de faire, un auteur bien connu. Dans une interview accordée à Paco, un blogger pour son site Je chronique pour vous, Marc Levy dit : « Chaque romancier a sa façon de faire. Certains font des plans très détaillés ; moi, plus les années passent, plus je navigue au vent. Comme un marin, je me fixe un cap que j’espère atteindre, et ensuite je négocie avec la mer pendant la traversée. »


J’ai entendu parler un auteur récemment sur l’émission La grande librairie sur le sujet. Il s’agit de Jacques Expert et son livre « QUI ? ». Dans son livre, il y a une sordide histoire de meurtre et quatre hommes potentiels suspects. L’auteur se met dans la peau de chacun des hommes et on ne sait bien sûr qu’à la fin qui est l’auteur du crime. Ce que j’ai trouvé extraordinaire, c’est que J. Expert dit qu’il n’a su lui-même qui était le coupable qu’à la fin. C’est-à-dire qu’il a écrit son livre en parlant de chacun des hommes sans savoir qui était le meurtrier, comme s’il ne l’avait pas désigné lui-même.


 

La technique du plan détaillé


Dans un précédent article, je vous avais mis une page de Bernard Werber qui avait une méthode assez originale : commencer par la fin et remonter l’intrigue à l’envers.


D’autres auteurs ont besoin de faire un plan précis et détaillé, ce qu’on peut appeler le « squelette » du roman. Ils ont l’impression d’avoir besoin d’un cadre avant de commencer à écrire, même si ce cadre évolue au fil de l’histoire. Il y a d’ailleurs sur le Web énormément d’astuces sur « comment faire le plan de son roman ».


Extrait d’une interview de Guillaume Musso pour Evene.fr pour illustrer cette façon de travailler son texte : « Au début, je respire l’air du temps, je regarde des films, je lis… j’observe. Puis, j’ai une image qui vient et revient. A partir de cette image, je tire le fil et l’histoire est une sorte de reconstitution de pelote de laine. Je passe beaucoup de temps sur la structure. Ca n’a l’air de rien : dix pages de squelette qui comprend tous les points importants de retournement de l’histoire. Tant que ce séquentiel n’est pas parfait, structuré et palpitant, je ne commence pas l’écriture. Je travaille également beaucoup sur les personnages, leur humanité, leur crédibilité. Je réalise pour chacun d’eux une mini-biographie sur trente pages. J’y note tout depuis leur naissance jusqu’à leur mort, jusqu’au prénom de leur grand-mère. Dans mes livres, on ne retrouve que 2% de tout cela, mais c’est pour cela que l’on s’attache aux personnages. »

 

 

Nourrir son imagination


D’où vient l’imagination ? Elle vient de votre cerveau, direz-vous ! sans aucun doute. Et comme tout votre corps, il a besoin d’être nourri. Une alimentation équilibrée et du sommeil ? Certainement. Mais pas que !


De l’intérieur. L’imagination vient tout d’abord de la vie et de son observation, quand on prend le temps d’observer. Et puis forcément, on s’inspire de ce qu’on a vécu, de nos expériences de vie, de notre quotidien… Et puis on a aussi cette vie imaginaire et fantasmée qu’on a envie de mettre en scène pour se faire plaisir parce qu’on ne peut pas avoir plusieurs vies en une… à moins d’être acteur de cinéma.


De l’extérieur. Et puis l’imagination vient de ceux qui nous ont inspirés. On ne s’en souvient pas forcément, d’ailleurs. Nous avons tous été bercés dans l’enfance par les contes et les histoires d’autres auteurs. Nous avons baigné dedans, que ce soit à l’école ou à la maison. Nous ne sommes donc pas vierges d’inspiration. Et cette inspiration qui vient de l’extérieur a besoin aussi d’être nourrie. Chacun aura ses propres sources de nourriture : lecture d’auteurs divers et variés (ou au moins dans le style de ce que vous écrivez), films, séries (on a un choix incroyable de séries aujourd’hui qui fait que chacun peut trouver son compte)… Tout est bon à prendre, même l’actualité, l’histoire de France ou la mythologie ! Nourrir son cerveau du travail des autres permet, en s’en inspirant, de développer sa propre imagination. Il ne s’agit pas de copier des idées ! Il s’agit bel et bien d’apporter des « molécules d’inspiration » qui vont synthétiser de nouvelles idées.

 

 

Une astuce : mettre des visages sur ses personnages


Certains d’entre vous savent qu’il est plus facile d’être inspiré quand on peut se représenter les scènes dans notre tête. Pour cela, on peut avoir envie de se faire plaisir et donner les rôles à nos acteurs ou comédiens favoris. Choisir les acteurs que vous prendriez si vous faisiez le casting de vos personnages permet leur description, ce qui n’enlèvera rien à l’imagination de vos lecteurs, puisque cela restera le secret des dieux. Ainsi, une fois les personnages en place, vous pouvez les mettre en scène et ce sera plus facile, en les « voyant », de figer leur personnalité. N’hésitez pas à avoir sous la main des photos d’eux si cela vous aide. Ou bien de faire comme Guillaume Musso et de faire des mini-biographies de vos personnages.


Nous avons démontré ici qu’il n’y a pas de « recette pour bien écrire » et que chacun a sa façon de faire, qui peut évoluer avec le temps. Ce qui compte, c’est de prendre du plaisir à l’écriture de son livre.


Voilà, c’était un petit article sans prétention, qui n’est bien entendu pas exhaustif. Si vous avez des idées ou des réactions, vous pouvez les partager dans les commentaires.

 

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Commentaires : 8
  • #1

    Patrick.Liszewski@laposte.net (jeudi, 27 juin 2013 14:55)

    Bonne synthèse.
    Pour ma part, je choisis un thème, quelques personnages, et je leur fais confiance, comme vous. Je crée les scènes principales au lit, juste avant de m'endormir, revenant sur chacune plusieurs soirs de suite. Le reste se fait au fur et à mesure, les personnages secondaires s'introduisent au hasard, je décide ensuite de développer leur rôle ou non.
    J'en suis à mon 15° roman, dont certains chez TheBookEdition,toujours en auto-publication, ne voulant pas commencer par "payer pour voir", comme le proposent de nombreux éditeurs (cf description dans "le pendule de Foucault").
    Bonne chance
    PL

  • #2

    Pierre Bougie (samedi, 20 juillet 2013 22:05)

    Salut cousine Agnès, (je me permets, vu que je suis un "cousin" du Québec...)

    Je viens juste d'auto-publier mon premier roman policier: L'Affaire Delma, après y avoir travaillé pendant plus de 30 ans, imaginez! J'ai commencé à écrire ce livre sans aucun plan, comme vous le faites vous-même. Il y avait les factures à payer et j'avais un travail dans la construction qui me tenait pas mal occupé, alors le manuscrit se retrouvait au fond du tiroir pendant des mois...

    Lorsque j'ai pris ma retraite en 2008, je m'y suis remis de façon plus sérieuse. J'ai développé mes personnages et il a fallu aussi que je prenne beaucoup de notes pour m'assurer que l'enquête policière reposait bien sur des faits et événements vraisemblables dans le temps, mais aussi en descriptions physiques, etc.

    C'est alors que j'ai réalisé que ma mémoire ne m'était pas suffisante pour me rappeler tous les détails! Le plan s'est alors imposé et j'ai été obligé d'écrire sur chaque personnage (date de naissance, traits physiques, préférences alimentaires, habitudes, etc.) de même que j'ai dû élaborer un "timeline" pour m'assurer que tous les événements se suivaient de façon vraisemblable dans le temps.

    J'imagine que chaque genre peut s'écrire différemment. Le plan convient (s'impose presque) aux histoires précises, alors que l'escapade improvisée convient bien aux romans d'amour ou aux récits érotiques, par exemple.

    Bravo pour votre carnet! Vous y développez des sujets très intéressants. J'ai moi-même l'intention de mettre sur pied un site où il sera question d'auto-publication pour les auteurs francophones québécois (http://autoeditiongratuite.org/) Est-ce que l'on pourrait échanger des liens? Mon projet ne fait que démarrer, mais j'avoue que vous êtes une inspiratrice de choix et que j'aimerais bien que l'on développe une amitié professionnelle en ce sens.

    Merci et au plaisir d'avoir de vos nouvelles!

  • #3

    Agnès (samedi, 20 juillet 2013 23:28)

    Bonjour,
    Je reviens de vacances et ne réponds donc que maintenant.
    Merci pour vos encouragements.

    Patrick, nous avons la même façon de procéder, effectivement. C'est une façon d'écrire qui me convient, qui laisse libre cours à l'imagination, un peu comme si les personnages nous guidaient... Ils me surprennent parfois, d'ailleurs, mes personnages. Vous avez écrit 15 romans? Bravo!

    Pierre, cousin de Québec ! Merci également pour votre message d'encouragement. C'est avec plaisir que j'accepte votre proposition de partenariat. N'hésitez pas à me contacter en privé. Comme vous, je démarre seulement car, si mon blog a commencé en début d'année, je n'ai que peu de temps à y consacrer comme vous pouvez le constater par le peu d'articles.

    "Escapade improvisée", c'est exactement le terme qui convient à mon livre ;-) En revanche, je comprends qu'un roman policier ait besoin d'un plan détaillé pour la cohérence... Chez qui avez-vous auto-publié votre ouvrage ?

  • #4

    Pierre Bougie (dimanche, 21 juillet 2013 03:01)

    Bon retour de vacances, Agnès.

    Pour répondre à votre question, "L'Affaire Delma" a été publié en version numérique via le site de www.smashwords.com (malheureusement en anglais seulement). La version papier (impression à la demande), est en marche via le site de www.createspace.com, une filiale du géant Amazon.

    Voilà le scoop de ce que sera mon site http://autoeditiongratuite.org/ c'est-à-dire celui où j'y décrirai les étapes que j'ai personnellement franchies, avec les deux sites précités, mais aussi tous les à-côtés requis tels que la préparation du document texte, l'enregistrement des droits d'auteur, obtention des numéros ISBN, le dépôt légal, etc. Je traduirai en français les procédures pour les deux sites, si l'on m'en accorde la permission. Tout cela dans le but d'aider mes pairs qui se voient refuser la publication de leur manuscrit via les voies de l'édition traditionnelle.
    Je désire aussi leur éviter les pièges financiers d'éditeurs de second niveau qui offrent de les publier à "frais partagés" mais qui en bout de ligne, les feront payer TOUS les frais et même +, de sorte que même si leur livre ne se vend pas du tout, ces éditeurs auront néanmoins dégagé un profit de cette opération...
    Bref, je vise les auteurs du Québec, mais sans doute qu'avec votre aide, on pourra tout aussi bien renseigner le talent émergeant Français... On s'en reparle bientôt

  • #5

    Agnès Rabotin (dimanche, 21 juillet 2013 22:31)

    Merci :-)

    Il est bien dommage que CreateSpace soit en anglais seulement... Je lis l'anglais et le comprends (licence anglais/espagnol oblige...) mais je ne suis pas aussi à l'aise qu'en français. Si je comprends bien, les livres mis sur CreateSpace sont proposés sur le site d'Amazon ? Peut-être pourrez-vous me dire s'il y a un contrat d'exclusivité ? (Si par exemple je peux mettre mon livre chez CreateSpace ET TheBookEdition ?)

  • #6

    Valérie Lieko (vendredi, 08 mai 2015 17:20)

    Bonjour Agnès,
    merci pour ton site où j'ai découvert de précieux conseils. Je viens de publier mon premier roman. Je voulais savoir si avec Createspace, il y a un contrat d'exclusivité donc si je peux publier ailleurs une autre version papier? En te remerciant. Valérie Lieko

  • #7

    Agnès (vendredi, 14 août 2015 09:50)

    Bonjour Valérie et désolée de répondre maintenant, je n'avais pas vu la notification de ton message... Peut-être as-tu déjà ta réponse ?

    Non, il n'y a pas de contrat d'exclusivité. Tu peux mettre ton livre chez Createspace et ailleurs à tout moment.

  • #8

    huguette conilh (mardi, 07 juin 2016 20:38)

    Très intéressant ton article, ma chère !

    "Je travaille également beaucoup sur les personnages, leur humanité, leur crédibilité. Je réalise pour chacun d’eux une mini-biographie sur trente pages. J’y note tout depuis leur naissance jusqu’à leur mort, jusqu’au prénom de leur grand-mère. Dans mes livres, on ne retrouve que 2% de tout cela, mais c’est pour cela que l’on s’attache aux personnages."

    C'est exactement ce que je fais, et de ces bio, je retire le fil de mon roman.

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Bienvenue sur Je me publie, journal consacré à l’auto-publication sous toutes ses formes.

 

Je m’appelle Agnès Rabotin. En mars 2012, je publiai mon premier roman en version numérique Kindle sur Amazon. En juillet, la version papier voyait le jour. 

 

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