jeu.

12

févr.

2015

(Interview) Richard Godard, Le destin d'un monde, vol. 1

"Je suis prêt à vendre de la drogue écrite"
"Je suis prêt à vendre de la drogue écrite"

Richard est intervenu sur mon blog et m'a gentiment offert son livre à lire. Je l'ai ouvert avec juste un peu de curiosité.... et je suis tombée dans un véritable piège. Ce livre est addictif : l'ouvrir, c'est se perdre dans un autre monde. Un monde tout droit sorti de l'imaginaire de l'auteur. L'univers créé m'a immédiatement fait penser à Game Of Throne, mais sans les dragons. Tout semble si réel ici... les personnages sont si proches de nous. La plume de Richard Godard, si fluide, si vraie, nous fait oublier qu'on est en train de lire... On vit les scènes comme au théâtre ou au cinéma. On souffre avec eux, on aime avec eux, on complote, on attend... On se surprend à s'attacher à certains personnages et à leurs ennemis. Moi je vous le dis, n'ouvrez pas ce livre ! Vous risquez de ne plus manger, de ne plus dormir, de ne plus parler à vos voisins. Ouf ! Le volume 2 est déjà en route... (Ce qu'on peut être maso des fois !)

 

Interview...

Comment as-tu commencé à écrire ?

 

Il y a trois ans, nous avons, ma femme et moi, créé un blog sur le théâtre. J’avais envie de me recentrer sur des choses plaisantes dans ma vie, suite à une expérience professionnelle un peu pénible. Nous y faisions des critiques de spectacles, de pièces lues, vues. Nous y proposions des interviews, des lectures, des vidéos choisies et donc, des articles sur des sujets divers et variés liés au théâtre. Nous produisions des articles assez souvent, un la semaine je crois… et puis un jour, j’ai rêvé d’un début de pièce très fort. Et je l’ai écrite. Je me suis lancé dedans sans trop oser en parler. Une fois finie, je l’ai présentée à ma femme qui a aimé. Je l’ai publiée sur le blog. Je n’ai eu qu’une lectrice extérieure, mais elle a beaucoup aimé aussi, et nous avons échangé autour de cette pièce que j’ai distillée comme un feuilleton. Ensuite, j’ai eu envie d’écrire des pièces sans arrêt, des articles nettement moins. Je me suis désintéressé du blog (presque personne ne nous lisait de toute façon…), ma femme aussi, même si elle s’est accrochée un peu encore. J’ai écrit sept ou huit pièces depuis, j’en ai encore trois ou quatre en cours. Tout n’est pas bon, loin s’en faut, j’en ai conscience, mais, je faisais mes armes, et, surtout, je me faisais plaisir. J’aurais aimé les partager, mais, je n’éprouve pas d’amertume particulière à n’avoir pas été lu. Ma femme les lisait, alors c’était bien…

 

D’où t’es venue l’idée de ton livre « Le destin d’un monde » ?

 

L’année dernière, j’ai pris une dernière claque professionnelle, salée, avant de bien comprendre qu’il ne fallait pas jouer sur des terrains pour lesquelles nous ne sommes pas faits. Je ne sais pas encore pour quoi je suis fait, si tant est que je sois « fait » pour quelque chose, mais je commence à bien comprendre que je ne suis fondamentalement pas apte à certains aspects de la vie. Je ne regrette pas, j’ai essayé. Je ne l’aurais pas tenté, je regretterais sans doute. Ça, c’est fait… stop. Trop de souffrances. Je me suis recentré plus fortement encore sur mes plaisirs profonds. Le théâtre (nous jouons Diktat de Cormann cette année), et, plus encore, l’écriture, nouvelle venue dans ma vie. J’ai eu quelques coups de démarreur suivis de calages. Le roman, je pensais que ce n’était pas pour moi. J’avais des idées, des envies, mais rien à faire, je n’arrivais pas à les concrétiser. Les dialogues, je m’en délecte. Les descriptions, aïe… Je me suis centré sur mes plaisirs de lecteurs. Les plus forts. Et sur les univers que j’ai toujours aimés, sans oser me l’avouer, sans toujours les assumer (les pirates par exemple… je me disais que c’était assez puéril, alors, je n’y pensais plus. Pourtant, dans le fond, j’adore cette période XVIIème/XVIIIème, le romantisme kitsch qui s’en dégage, même si, à l’époque, la piraterie, c’était tout sauf de la romance !). Et le corsaire Michel de Maestre est né. Nous avons trouvé un lieu ensemble, nous nous sommes installés, et nous avons décidé de rencontrer le reste de son monde…

L’intérêt de créer son propre monde, c’est que je m’économise les recherches pour être crédible. Je suis trop fainéant. Et j’avais envie d’écrire tout de suite. Maintenant que c’était là, plus question de traîner, le moteur était lancé. Je préférais tout créer. C’était à la fois plus rapide et plus jouissif de tout imaginer plutôt que de chercher des lieux, un contexte, des personnages plausibles dans la réalité de l’Europe telle qu’elle était au XVIIème. J’ai créé une Europe miniature, caricaturale, qui m’arrangeait. Et qui plaisait à Michel… donc, avec beaucoup d’eau tout autour pour ses ballades !

 

As-tu mis longtemps à l’écrire ?

 

J’ai commencé l’aventure, je me rappelle très bien, à la fin des vacances, juste avant de reprendre le travail, fin juillet. Donc, cinq mois avec quelques interruptions, mais un rythme assez suivi. Puis décembre a été globalement consacré au travail d’édition.

 Je m’interdis souvent d’écrire. Sinon, je ne prépare plus mes cours, je ne dors pas assez. Je resterais scotché devant l’écran. Je me sais capable de folie de ce genre, non-stop, un peu comme un geek. Plus rien à faire du monde autour… je me soigne, mais, j’ai des relents de misanthropie… heureusement que je croise des gens comme vous parfois, ça me donne envie de rester au contact du monde ;-).

 

Combien y aura-t-il de volumes ?

 

A priori quatre (en tout). Pour tout dire, j’ai deux options : soit ça plaît, et je pense même pouvoir continuer très au-delà. Soit ça ne marche pas, j’ennuie les lecteurs, ou je n’ai pas de lecteurs, et je m’arrêterais aux quatre prévus, avec une fin pour les cinq personnages principaux. Je veux dire une vraie fin, probablement dramatique pour certains personnages, lumineuse pour d’autres…

 

Comment a démarré ton aventure dans l’auto-édition ?

 

Au départ, je ne connaissais rien à ce monde. Je ne savais pas que l’auto-édition existait, je la confondais avec l’édition à compte d’auteur que je cernais vaguement. J’ai trouvé ça tout simplement génial. C’en est même incroyable si on y réfléchit bien. Le livre est exactement ce que je souhaitais. Avec une très bonne qualité…

J’ai conscience du revers de la médaille, et de certains aspects très contrariants de l’auto-édition. Il est à la fois extraordinaire d’être imprimé en Angleterre, ou en Allemagne, ou aux États-Unis, à des prix défiants toute concurrence, et affligeant de constater qu’Amazon (elle n’est pas la seule…), ne paie pratiquement pas d’impôts sans compter une certaine forme d’absurdité qui consiste à ne pas imprimer en France…

Par contre, je suis un piètre « marketeur », et je drague les éditeurs classiques en parallèle. On verra bien…

 

As-tu déjà écrit avant ce livre ?

 

Tout dépend de ce que l’on appelle écrire. J’ai écris plusieurs pièces de théâtre en effet. Par contre, c’est mon tout premier roman, qui plus est, publié. Rien d’autre n’est sorti sur papier.

 

Que souhaites-tu faire passer avec tes écrits ?

 

Ha ! Je vais être très honnête : mon rêve est de coincer le lecteur dans mon livre. De le forcer à sortir de sa réalité pour adhérer à celle que je lui propose. Quitte à l’en rendre malade. Car c’est ce genre d’expérience de lecture qui m’a fortement marqué, et que j’aimerais pouvoir produire à mon tour, avec mes univers. Je sais que je n’y suis pas encore, mais j’y travaille, lentement, progressivement, sans brutaliser mon écriture. Je sais que c’est mon roman d’apprentissage. J’emmagasine de l’expérience. J’attends des retours, comme le vôtre (merci encore). Mais, je dois avouer qu’en termes de message, à part le divertissement, je n’en ai pas. Si quelque chose passe, tant mieux. Sinon, tant pis. Je suis prêt à vendre de la drogue écrite ! Le jour où j’aurais cette formule, qui fera que le lecteur n’arrivera pas à s’arrêter, alors, je l’appliquerai sans aucune vergogne… tant pis pour lui !

 

À quel moment de la journée préfères-tu écrire ?

 

A priori le soir. Mais c’est plus par obligation. Le matin, j’ai quand même les idées plus claires. Le soir, c’est parfois nébuleux, ça pourrait même devenir pénible dans l’attente du filon. D’un autre côté, le soir est propice à de beaux élans… le matin, à choisir, est peut-être plus propice à la relecture de la veille.

L’après-midi est, je crois, un des moments les plus difficiles. Je culpabilise encore tellement de m’autoriser à écrire, que mon cerveau ne me laisse pas assez en paix pour le faire en toute sérénité à ce moment de la journée… je ne sais pas exactement pourquoi : quelque chose du genre « Tu devrais bosser pour gagner ta vie à cette heure-là… ». Même le week-end, j’ai du mal à bien écrire l’après-midi. Je devrais consulter peut-être… ;-)

 

As-tu des rites, des habitudes ?

 

Je ne crois pas. Plutôt des problèmes du genre que j’évoquais avant : je culpabilise encore un peu de m’autoriser à écrire. Je ne m’excuse plus de cela, mais, à une époque, je l’aurais fait… en fait, non, je ne disais rien à personne. C’était plus pratique. Je m’excusais auprès de moi-même, c’était tout. Je le fais moins… Mais, ça va beaucoup mieux, la preuve j’en parle !

Tout le monde a d’ailleurs été très surpris. Je n’avais jamais évoqué l’écriture. D’un coup, le livre était là. Certains se sont sentis un peu trahis je crois. Comment j’avais pu leur faire ça ? Ne rien leur dire…

 

À qui demandes-tu un avis sur tes manuscrits ?

 

A ma femme. Elle a lu tellement de livres dans tellement de genres différents. Elle a un éclectisme que je n’ai pas… elle peut lire du roman jeunesse, un classique, un livre pour enfant, une pièce de théâtre de Zeller, relire l’intégral de Hugo, toute la collection de l’avant-scène théâtre, un manga ésotérique, une Bd gothique, une bluette de Marc Lévy, un roman graphique… et même mes romans… je crois qu’elle n’aime pas la science-fiction, l’auto-fiction de Christine Angot et la collection Harlequin (quoique, je ne suis pas sûr qu’elle ne se laisserait pas tenter…) 

 

Quels sont tes livres préférés ?

 

Je ne relis jamais. Sauf Jonathan Livingston le Goéland. La couverture est moche, les photos nullissimes. Ils peuvent le rééditer dans un format pathétique, rien n’y fait... C’est, à mes yeux, le must en littérature. À peine une heure de lecture. La plus belle histoire, le plus beau conte. D’une simplicité enfantine, et d’une profondeur qui me touche à chaque fois. Je ne sais pas pourquoi ce livre me bouleverse autant. Il contient une magie que je ne m’explique pas, et que je ne veux d’ailleurs pas connaître. Un jour, peut-être, je le lirai sans pleurer… en fait non, car plus je vieillis, plus je pleure tôt en le relisant. Je ne vois pas pourquoi cela irait en s’inversant… si je parviens, un jour dans ma vie, à écrire aussi simplement, une histoire aussi simple, alors, je pourrais partir en paix. J’aurais donné le meilleur de moi au travers de l’écriture.

 

Quel livre as-tu lu dernièrement ?

 

L’Amant de Marguerite Duras. La première page m’a scotché, je ne l’ai plus lâché.


Qu’est-ce qui te fait te lever le matin ?


L’idée d’écrire. Sinon, deux réveils pour aller au boulot…

 

Qu’est-ce qui te fait sourire ?

 

Cette question déjà ! Et beaucoup de choses, Dieu merci… Votre proposition d’interview… Votre commentaire sur mon livre… L’humour intelligent de mes élèves, particulièrement espiègles aujourd’hui… certains mauvais passages de mon livre en court d’écriture, j’en ris même parfois… et dès qu’il y a, ne serait-ce qu’un peu de bienveillance dans les rapports humains, pas seulement envers moi, mais autour de moi, quand je la vois, je souris. Et puis, un beau livre bien sûr, qui me touche…


Où le trouver ?

 

Le blog du livre (pour s’inscrire et obtenir les premiers chapitres du volume suivant)

La page Amazon de vente du livre broché et numérique

La page Babelio (critique et citation)

 

Merci beaucoup pour cette interview Agnès !

 

Merci à toi surtout Richard !


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Je m’appelle Agnès Rabotin. En mars 2012, je publiai mon premier roman en version numérique Kindle sur Amazon. En juillet, la version papier voyait le jour. 

 

Correctrice-relectrice de métier depuis plus de

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