(témoignage) Apprendre à écrire, par Camille d'Aplemont

Apprend-on à écrire ? Ou bien écrire est-il inné ? Camille d'Aplemont, auteur et biographe dont j'ai eu le plaisir de corriger le premier roman, nous parle de son expérience d'auteur...

 

 

 

Camille d'Aplemont

Qui suis-je ?

 

Comment vous dire qui je suis ! Le sais-je moi-même ?

 

Je suis né à Sainte-Adresse, un jeudi de 1958, c’était en mars. J’ai grandi au Havre, sa grande sœur et vers vingt ans, je l’ai quittée pour voir d’autres contrées.

 

À quel moment ma vie a dérapé ? À l’âge de quatre ans, je crois et je suis resté caché à moi-même jusqu’en 2010. Mais c’est une autre histoire qui s’écrit.

 

Travailleur indépendant depuis plusieurs années, j’ai passé treize ans dans l’informatique. Mais avant cela, j’ai erré longtemps dans divers métiers, ne sachant que faire d’une vie trop grande pour moi. Ma liberté retrouvée, je me suis orienté vers l’immobilier et la formation.

 

J’ai commencé à écrire au début des années quatre-vingt, mais, moqué dès les premières lignes que je montrais, j’ai vite rangé mon stylo. Le temps passait et l’écriture revenait périodiquement, comme un besoin. Alors, trois enfants et un divorce plus tard, c’est en 2005 que je jetais ma télé. Sans aucun remord encore aujourd’hui. En 2009, je ressortais ma plume et depuis, elle est ma compagne quotidienne.

 

Écrire est parfois une joie, parfois une souffrance, mais c’est toujours une passion.

 

Alors, j’espère que vous prendrez plaisir à me lire…

 

 

 

Camille d’Aplemont

 

On m’a dit un jour, que chacun d’entre nous possède un art et franchement, je n’y croyais pas trop. Jusqu’à ce jour de novembre 2009, où j’entendis pour la première fois ce poème. Il parlait de choses sans jamais les nommer. Il tournait autour du pot et pourtant, on comprenait ce qu’il voulait dire.

 

Son dernier mot envolé, je savais que je voulais écrire. Oui, je le savais. C’était une évidence alors, j’ai sorti un cahier, un stylo, un paquet de gâteaux et je me suis retrouvé devant une page blanche sans savoir quoi dire. Les minutes s’écoulaient, les gâteaux disparaissaient les uns après les autres et mon stylo restait muet. Et puis, une idée comme ça m’est venue. Une petite voix intérieure m’a dit : « Prends n’importe quel mot, écris-le et les autres suivront. » Et j’ai écrit « Bonjour ».

 

Ce fut un miracle, je n’avais pas fini d’écrire le dernier « r » qu’une foule de mots, de phrases et d’idées se bousculaient, comme si une digue venait de céder. Ils devaient attendre depuis longtemps parce qu’ils se pressaient si vite, si nombreux que je ne pouvais plus suivre leur rythme. J’ai écrit jusqu’au bout de la nuit. (Oh ! le menteur, c’est Louis-Ferdinand qui l’a écrit.) J’ai commencé une histoire que je termine au moment où j’écris cet article. Les semaines ont passé, vers la fin de l’hiver, j’avais écrit une centaine de pages. Un matin, j’ai ressenti le besoin de m’arrêter.

 

J’ai fait une pause d’une semaine, avant de relire ce roman que j’avais cru génial. Effroyable idée, effroyable texte qui m’ennuyait dès les premières pages. Alors, reposant le manuscrit, déçu, mais pas désespéré, j’ai su que je ne savais pas écrire. Toutefois, le miracle continuait. Par le passé, j’avais essayé un peu tous les arts. La guitare, la peinture, me fuyaient. La photo, j’étais moins mauvais, pas artiste, mais je cadrais et composais avec les lumières.

 

Je ne savais pas écrire, structurer une histoire, donner vie à des personnages. Tous mes dialogues commençaient par : « Bonjour, comment ça va ? » La liste des défauts de ce premier torrent de mots serait trop longue pour être citée ici (et puis, on a sa fierté quand même). Le miracle qui m’habitait se développa néanmoins, car, au lieu de renoncer, comme je l’avais fait pour les autres arts, je voulais continuer et apprendre à écrire.

 

J’ai abandonné ce roman, je l’ai perdu, je l’ai retrouvé, je l’ai réécrit et je l’ai encore laissé dormir. Et pendant son sommeil, j’ai voyagé sur le net. J’ai glané des conseils d’écrivains, suivi des masterclass, j’ai écrit des poèmes, des nouvelles, un autre roman, que j’ai tenté de publier sans succès, avant de le ranger lui aussi le jour où un éditeur me fit le plaisir d’un refus motivé :

 

« Monsieur, votre histoire n’est pas crédible. Le plus gros problème, ce sont les personnages... »

 

D’abord, la lettre me vexa, mais comme j’en parlais à une amie, celle-ci me dit que j’avais de la chance, parce qu’au moins, je savais ce que je devais améliorer. Ce roman dort aujourd’hui au fond d’un tiroir. Il attend son heure, parce qu’entre-temps, j’avais repris mon tout premier texte, celui que j’avais qualifié d’effroyable, et qui était devenu un atelier d’écriture à lui tout seul, celui que je termine aujourd’hui...

 

Un roman, c'est :

- une idée, un thème, des lieux, des paysages, des dialogues, des personnages, des vies, bref, un écosystème sorti tout droit de l’imagination d’un humain ;

- une sculpture dans laquelle l’auteur va imbriquer toutes les pièces déjà citées ;

- une structure composée d’un début, d’un milieu et d’une fin ;

- mais aussi des scènes, des interactions, des mystères dévoilés à la fin des fins, des surprises cachées au fond des pages et plus encore…

 

Tout ceci paraîtra compliqué au débutant, alors laissez-moi vous prouver le contraire...

 

Il est de notoriété publique en France, qu’un auteur ou une autrice a dans la tête une espèce de petit gnome qui lui dicte dès le départ un texte, une tournure de phrases définitives et qu’une seule écriture suffit. Bien entendu, il n’en est rien, même si parfois on pourrait croire que certains ne sont pas tout seuls dans leur tête.

 

Tout aussi faux est de croire qu’il ne faut plus lire pour écrire. A-t-on déjà vu un peintre ne regardant jamais les toiles des autres ? Ou un musicien n’écoutant jamais de musique ?

 

Dans sa jeunesse, Victor Hugo, disait : « Je veux être Chateaubriand ou rien. » Il dépassa le maître.

 

Alors, facile ou difficile d’écrire ?

 

Facile : Un personnage dans sa vie normale. (Bilbon va fêter son anniversaire. Tout le village est joyeux. Frodon aussi.) Un événement vient le perturber (Bilbon utilise l’anneau maléfique, et c’est le début des emmerdes). Frodon se retrouve chargé de l’anneau (du fardeau) qu’il doit apporter à Fontcombe. Là, on décidera. Et c’est parti pour une aventure épique. Bien entendu, le héros est (théoriquement) incapable de s’acquitter de sa tâche. (Frodon paraît bien faible devant le voyage qui l’attend). D’échec en échec, le héros se rapproche de son but final, mais plus il avance, plus il s’affaiblit, donc plus c’est difficile pour lui.

 

Un retournement de situation plus tard, il atteint son objectif et tout redevient normal. Il retourne à son point de départ, mais il a changé de caractère, il n’est plus le même.

 

Bon, d’accord, vu comme ça, c’est un peu schématique, mais appliquez ce premier niveau d’analyse à Cendrillon, Blanche neige, Mary Poppins, les Chtis, Titanic, Rio Bravo, les Trois Mousquetaires ou encore Cyrano de Bergerac, Harry Potter ou le Seigneur des Anneaux, et vous trouverez cette structure.

 

Ce qui va les différencier, c’est l’époque, les mœurs de l’époque, les personnages, les dialogues, etc.

 

Alors, facile ou difficile d’écrire ?

 

Difficile : Parce qu’il va falloir apprendre à décrire un paysage, à faire vivre des personnages, à créer un écosystème, et tout ça, ça s’apprend…

 

Le net regorge de blogs, de conseils, de vidéos, tiens, en voilà quelques-uns :

 

Bernard Werber vous apprend dans une vidéo (qui date, mais quand même) la structure du roman.

 

Alexandre Astier parle, dans une autre masterclass en 6 épisodes du « voyage du héros de Vogler », que vous retrouverez facilement sur le web.

 

Le blog d’Agnès Rabotin sur lequel vous lisez ce billet est une source de savoirs.

 

Je vous laisse découvrir les autres…

 

Alors, facile ou difficile d’écrire ?

 

Les deux, mon écrivain : on l’a vu, un roman, une nouvelle, un texte de fiction, répondent à des règles qu’il faut maîtriser si on veut prendre du plaisir à écrire. Et pour les ingérer, rien ne vaut le découpage (dégustez petite bouchée par petite bouchée).

 

Pour apprendre les personnages depuis chez vous, choisissez la photo d’un acteur ou une actrice sur le net, puis décrivez le personnage en détaillant ce que vous voyez sur la photo. Comment il est habillé, coiffé, maquillé, les traits de son visage, la forme de ses lèvres, et tous les détails du personnage.

 

Puis réécrivez cette première version en structurant votre texte. Soyez impitoyables avec les mots, les paragraphes, les phrases qui sonnent faux à vos oreilles. Une fois la structure trouvée, réécrivez là encore en suivant le principe de Stephen King : la version 2 d’un texte est égale à la version 1 moins 10 %. Idem pour la version 3, et ainsi de suite jusqu’à ce que la demi-page de départ se trouve condensée en quelques lignes.

 

Recommencez avec un autre personnage, puis une - ou plusieurs - photo(s) de paysages. Mieux encore, sortez de chez vous et décrivez un paysage naturel, comme ça, sans réfléchir, puis faites le même exercice. Réduisez, supprimez, soyez impitoyables avec les mots en trop.

 

Vous avez maintenant deux personnages, un paysage, il ne reste plus qu’à créer votre écosystème. Insérez vos acteurs dans le paysage, et là encore condensez le texte au maximum et il ne reste plus qu’à les faire dialoguer.

 

Précédez chaque étape d’une recherche de conseils divers. Vous en êtes au paysage ?

 

OK GOOGLE : Comment décrire un paysage (onglet vidéo et c’est parti).

 

C’est de cette façon que le roman effroyable du départ est devenu une histoire de plus de 200 pages venant de passer sous les yeux de 5 bêta-lecteurs (zet lectrices).

 

Suivez des ateliers d’écriture près de chez vous, et autres méthodes qui vous agréent.

 

Lisez, lisez et relisez encore. Imprégnez-vous de vos lectures. Choisissez des livres atypiques (La disparition de G. Perec).

 

Toutefois, avant d’écrire et de suivre ces quelques conseils, déterminez l’écrivain que vous êtes.

 

Architecte ou Jardinier ?

 

Vous trouverez moult articles sur le sujet dont au moins un sur ce blog. Pour finir, lisez ou relisez ce magnifique poème du 18e siècle écrit par l’abbé de Lattaignant :

 

Le mot et la chose

 

Tout l’art d’écrire est là !

 

Je vous souhaite de bonnes écritures.

 

 

Camille d’Aplemont, 1er juillet 2019